Concilier pédagogie et massif

Tiens, revoilà Taylor et Fayol !

En présentiel, face à des amphis, la tradition française se résume souvent à cette chaîne :

  •  un prof rédige son cours ;
  • il le lit face à ses étudiants ;
  • les étudiants écoutent et prennent des notes
  • … au pire, ils sont évalués à l’écrit sur une partie de ce qui a été dit.

un cours en amphi, du texte à l'oreille et inversement...Le processus n’est pas nul. Le passage de l’oreille à l’écrit, puis la reformulation sont des étapes formatrices… mais c’est tout de même assez réduit.

Les concepteurs de Moocs sont parfois tentés de reproduire ce schéma. Ils préparent un texte, le lisent ou improvisent à partir d’une trame. Les étudiants prennent des notes individuellement, voire en groupe via les outils Google. Ils répondent ensuite à des questions fermées.

Voilà une présentation des xmoocs aussi caricatural que l’était la présentation des cours en amphi du premier paragraphe. Mais la possibilité de revenir sur une vidéo, de confronter ses notes à celles des autres, d’en débattre via des forums enrichit l’apprentissage. Les QCM sont certes des modes d’évaluation assez faibles, mais leur régularité oblige à une écoute ou une lecture attentive. Lorsqu’il s’agit d’acquérir ou d’évaluer des connaissances, ils ont leur utilité.

Travailler sur du concret

Pour sortir de ce schéma, beaucoup de moocs proposent de travailler sur des situations concrètes ou des cas. C’est le cas du Mooc Gestion de projet, mais aussi des Moocs comme Design 101, qui met en ligne une activité par jour, pendant 101 jours…

Si le mooc débouche sur un certificat, une certaine rigueur s’impose. En effet, il faut que chaque personne qui soumet un travail soit évalué de la même manière. Cela signifie des consignes précises, des grilles d’évaluation très détaillées, et une équipe qui revoit chaque évaluation pour donner une note finale.

Par souci d’équité, on échange dans l’équipe sur les situations qui posent question, et on en tire une règle générale, et des améliorations. Une démarche qualité somme toute assez classique, qui peut cependant amener à détailler toujours plus les grilles et les consignes. Mais les travaux à noter sont très nombreux…

le correcteur confronté à une pile d'évaluations

Le paradoxe est alors le suivant. La plupart des Moocs qui se concentrent sur des compétences portent sur des thèmes où la créativité et l’initiative sont des éléments importants (gestion de projet, design, entrepreneuriat, communication d’entreprise, communication orale,…) . Dans le même temps, l’évaluation peut se focaliser davantage autour du respect de consignes (nombre de pages, utilisation de tel ou tel logiciel,…).  On a alors d’autant plus de chance de réussir qu’on a un profil orienté vers le respect des consignes et des réponses standard.

les moocers sont encouragés à donner des réponses standard

Des apprenants et des évaluateurs qui visent les réponses standard…

Dans les épreuves des diplômes nationaux qui incluent une étude de cas, on sait qu’un bon énoncé est d’abord un énoncé qui permettra une correction rapide et sans contestation possible. Les besoins d’organisation priment sur le souci pédagogique. Cet écueil guette aussi les Moocs.

Le besoin de gagner du temps, de fournir des résultats dans des délais restreints, de respecter l’équité peut donc déboucher sur une normopathie, si on n’y prend garde.

Si le mooc ne prépare pas à un certificat, cela paraît plus simple. L’évaluation par les pairs se traduit par des « +1 », généreusement attribués. Quelques commentaires d’encouragement.Rien de bien formateur de ce côté. Le mooc « design 101 » montre que les apprenants qui ont un très bon niveau obtiennent de la reconnaissance. Ceux qui sont très loin de toute question esthétique récoltent des -1. Le classement des travaux du mieux noté au moins bien noté ajoute à l’humiliation de ceux qui rendent des travaux grossiers.

des travaux rendus dans design 101

A gauche, un travail bien évalué. A droite, un travail qui n’a reçu aucun commentaire, ni aucune notation par les pairs

Ma vision est partielle. Les travaux sont relayés sur facebook et instagram, semble-t-il. Néanmoins, un regard rapide aux commentaires du premier travail montrent qu’ils commencent souvent par « wow ! » et sont suivis par un compliment, ou une question sur le matériel utilisé. Rien de bien formateur.

On apprend surtout par comparaison, par la confrontation de ce qu’on a fait et de ce d’autres ont apporté. Qu’il s’agisse du Mooc GdP , du Mooc « Design 101 » de l’équipe de Stefano Mirti, ou du Mooc sur la communication de Matt Mc Garrity, on apprend énormément des pairs.

Le rythme imposé par « Design 101 » explique peut-être la faiblesse des commentaires. Les forums du Mooc « effectuation » proposé par l’EM Lyon et Unow tout comme les échanges autour du Mooc GdP montrent qu’il est possible d’arriver avec des situations concrètes, de favoriser des échanges riches, et d’apprendre par ces échanges. C’est l’apprentissage vicariant, qui résulte non de ce que dit le formateur/professeur, mais de l’observation des autres, de l’analyse de ce qu’ils font, et plus généralement de la vie sociale autour du Mooc.

Disposer déjà de compétences d’apprentissage, c’est mieux !

Prenant le contre-pied des modèles où les QCM succèdent aux vidéos tout au long d’une progression, les moocs connectivistes misent sur l’apprentissage social, et l’apprentissage par l’action. Il ne s’agit pas d’ingurgiter, mais d’explorer, de construire son propre parcours à partir de ressources mises à disposition ou que l’apprenant trouvera lui-même, et partagera.

Le formateur est un facilitateur, quelqu’un qui vous aide à clarifier vos objectifs, et qui élargit l’horizon de votre investigation. Le découpage en chapitres et les consignes aident à se construire une « carte » du thème d’apprentissage. Mais comment faire quand on n’a pas l’habitude d’apprendre en autonomie ?  Comment s’y retrouver quand on a un modèle d' »apprentissage en amphithéâtre » ancré en soi ?

certains moocs demandent des compétences d'apprentissage importantes

Les apprenants ont parfois l’occasion de témoigner de leurs difficultés, de leur baisse de motivation. Du côté formateur, il y a toujours l’inquiétude que la mayonnaise ne prenne pas, et qu’aucune vie sociale n’apparaisse.

« Et » plutôt que « ou »

Il est sans doute possible de sortir de l’opposition systématique des modèles pédagogiques. La formation par internet permet à l’apprenant de sélectionner son mode d’apprentissage. Si il est auditif, les vidéos lui conviendront. Si il a besoin d’explorer, il pourra butiner les multiples ressources en ligne, si il est visuel, il pourra utiliser les outils de carte conceptuelle ou de schémas heuristiques (un exemple très intéressant ici : http://goo.gl/265Iyh) …

Les apports très construits du mooc effectuation répondent à ceux qui ont besoin d’une structure et d’un cadre solide. Mais les forums permettent de participer, d’être acteur,… Peut-être que ceux qui ont le plus participé sur les forums ont à peine survolé les vidéos. D’autres sont peut-être restés invisibles sur la plate-forme, mais ont énormément travaillé sur un projet concret de manière isolé, pendant que d’autres encore se sont approprié la démarche d’effectuation en échangeant sur leur projet, ou en s’investissant sur un projet proposé par un autre.

Le choix du mode d’apprentissage n’appartient donc plus seulement au formateur ou au concepteur.  La première compétence de l’apprenant dans un Mooc est de se fixer des objectifs, et de choisir un itinéraire pour les atteindre, qui inclut le Mooc, mais sans doute aussi d’autres outils et ressources.

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10 commentaires pour Concilier pédagogie et massif

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  9. amar dit :

    c tres interessant comme domaine de recherche et puis c en permanence evolution..

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